20 salles où aller ce samedi ou ce dimanche. Priorité au palmarès des Molières et aux TTT de Télérama. La première du Figaro de Françon, Genet joué par la Comédie-Française dans la salle où Jouvet l'a créé, un procès qui a changé la loi, une pièce à l'affiche sans interruption depuis 1957. Il n'y a plus qu'à choisir.
Les grands soirs
quand on veut que la salle soit à la hauteur de la sortie
Le Mariage de Figaro
Beaumarchais, mise en scène Alain Françon · Théâtre de la Porte Saint-Martin
Un valet doit se marier. Son maître entend coucher avec la mariée avant lui. De ce point de départ grivois, Beaumarchais tire en 1784 la pièce qui apprend à un pays entier à trouver ses maîtres ridicules — cinq ans avant qu'il ne le leur dise autrement. Françon a 81 ans et n'y avait jamais touché ; il dirige Vincent Dedienne en Figaro, Micha Lescot en comte, Noémie Lvovsky en Marceline. C'est le spectacle que tout Paris attend cet automne, et ce samedi soir en est la toute première représentation.
Florian Zeller, avec Pierre Arditi et Isabelle Carré · Théâtre Édouard VII
André perd la tête, et Zeller a eu l'idée qui rend la pièce inoubliable : il ne nous le montre pas de l'extérieur, il nous met dedans. L'appartement change, la fille n'a plus le même visage, la même scène recommence autrement — et le spectateur perd pied exactement quand André perd pied. Arditi reprend le rôle, Isabelle Carré la fille. C'est la pièce française la plus jouée dans le monde et Zeller la remonte lui-même. La série a commencé jeudi : vous y seriez le premier week-end.
Jean Genet, mise en scène Carme Portaceli, la Troupe de la Comédie-Française · Athénée-Louis-Jouvet · Sceneweb : à voir
Deux sœurs domestiques, Claire et Solange, jouent chaque soir la même cérémonie : l'une fait Madame, l'autre la tue. Un soir, Madame rentre trop tôt. Genet a écrit là-dessus, en 1947, la pièce la plus vénéneuse du répertoire, et Jouvet l'a créée dans cette salle exacte — l'Athénée, où la Comédie-Française revient la jouer quatre-vingts ans plus tard. Carme Portaceli, qui dirige le Théâtre national de Catalogne, en fait une affaire de classe autant que de désir, avec Anna Cervinka, Élissa Alloula et Edith Proust. La salle Richelieu est en travaux jusqu'à la mi-octobre : c'est la seule Comédie-Française à Paris ce week-end.
Alfred Jarry, mise en scène Daniel Benoin, avec André Marcon · Théâtre de Paris
« Merdre. » Premier mot de la pièce en 1896, et bagarre générale dans la salle avant la fin du premier acte. Un couple d'imbéciles voraces prend le pouvoir en Pologne et massacre par appétit ; le père Ubu est le seul personnage de la littérature française qui soit à la fois grotesque et vraiment terrifiant. André Marcon dans le rôle-titre — « une comédie macabre et absurde qui évite l'écueil de la caricature », écrit La Terrasse. Cent trente ans après, ça n'a rien perdu.
Barbara Lamballais & Karina Testa · Le Splendid · 3 Molières 2026
Bobigny, 1972. Marie-Claire a seize ans, elle est enceinte d'un viol, elle avorte. L'année suivante c'est elle qu'on juge, et sa mère avec. Gisèle Halimi accepte de la défendre et transforme le box des accusées en tribune : à la fin, ce n'est plus la gamine qui est jugée, c'est la loi. Six comédiennes et un comédien tiennent vingt-huit rôles en une heure vingt. Meilleur spectacle privé, meilleures autrices, meilleur second rôle aux Molières de cette année — le trio le plus mérité de la saison. La reprise démarre ce samedi.
D'après Tanguy Viel, avec Vincent Garanger · Théâtre du Petit Saint-Martin
Un homme a poussé un promoteur immobilier par-dessus le bastingage, en pleine rade de Brest. Il ne le nie pas. Il demande seulement au juge de l'écouter jusqu'au bout — l'usine qui ferme, les indemnités placées, le terrain qui n'existait pas — et à mesure qu'il parle, on se met à espérer qu'il s'en sorte. Une salle de cent places, un homme debout, et l'un des grands textes français des dix dernières années. « Vincent Garanger est magnétique tant il est habité par Martial Kermeur », écrit Sceneweb. C'est la plus sûre valeur de cette liste.
Le Nord, 1958. Le fond, les corons, les amitiés qui tiennent parce qu'il n'y a rien d'autre à quoi se tenir. Daguerre écrit du théâtre populaire au meilleur sens : des personnages qu'on aime en trois répliques et une mécanique d'émotion qui ne rate pas. L'an dernier la pièce était nommée cinq fois aux Molières et les a gagnés tous les cinq — spectacle, mise en scène, auteur, second rôle, révélation. Personne n'avait fait ça depuis longtemps.
D'après Marco Lodoli, par Cécile Garcia Fogel · Théâtre de la Ville, Studio · Sceneweb : coup de cœur
Une concierge romaine raconte trente ans d'amour pour un professeur de lettres qui monte et descend son escalier sans jamais rien savoir. C'est tout — Si peu, dit le titre — et c'est immense. Cécile Garcia Fogel, seule en scène avec un guitariste, adapte le petit roman de Marco Lodoli en une heure cinq qui ne pèse rien et reste. Le Studio du Théâtre de la Ville est minuscule, les places coûtent le prix d'un cinéma, et le samedi a une séance de plus à 15h.
Anthony Michineau · Le Splendid · Molière 2025 du comédien
Juin 1942, un dépôt de tissus parisien. Raymond gueule, personne ne l'écoute, sa femme et sa fille en font ce qu'elles veulent, et on rit beaucoup — jusqu'au moment où il faut décider quelque chose, et où l'on découvre de quoi chacun est fait. Le tour de force est là : la pièce vous installe dans la bonne humeur d'un Pagnol pour vous cueillir ensuite. Guillaume Bouchède y a gagné son Molière (il alterne, ne comptez pas dessus). Ce week-end, une seule séance en vente : dimanche 17h.
Géraldine Martineau · La Colline, Petit théâtre · Sceneweb : à voir
La plus petite salle de la liste, la moins chère, et l'une des rares créations de théâtre public du lot. Géraldine Martineau écrit et joue, Justine Heynemann met en scène, ça dure ce qu'il faut et on ressort à une heure où l'on peut encore dîner. Samedi 17h30, pas de dimanche.
Lancelot Cherer · Théâtre Lepic · Molière 2026 de la comédie
C'est la fin du monde, et trois amis décident d'aller pique-niquer. Voilà, c'est tout — et c'est la comédie de l'année. Cherer a écrit, mis en scène et remporté au passage la révélation masculine : personne d'autre n'a fait le doublé cette saison. Quatre-vingts minutes, une salle de Montmartre, un absurde très tenu qui n'appuie jamais.
Logan de Carvalho & Sébastien Valignat · Théâtre Tristan Bernard · TTT Télérama
Deux chercheurs d'un institut parfaitement fictif tiennent séminaire devant vous : comment gagner n'importe quelle élection. Ils démontent, exemples authentiques à l'appui, qu'il n'est nécessaire ni d'avoir raison ni d'être honnête — il suffit d'affirmer. On rit énormément et on rentre chez soi vaguement inquiet. « Édifiant et instructif, intelligent et drôle. Et jamais ennuyeux ! » écrit Télérama, qui lui met trois T. Samedi 18h30, l'heure idéale avant dîner ; la salle ne joue pas le dimanche.
Virginie Lemoine · Théâtre Actuel La Bruyère · TTT Télérama
Les vrais manuels de savoir-vivre offerts aux jeunes épouses des années 1950, mis en bouche par cinq actrices qui chantent, swinguent et gardent le sourire en coin pendant qu'elles récitent des horreurs. Un pianiste joue en direct. Télérama y entend une « ironie grinçante » qui finit par dépeindre un monde pas si ancien — et pas seulement du côté des rapports hommes-femmes.
Jean-Philippe Daguerre · Petit Montparnasse · 3 nominations aux Molières 2026
Le même Daguerre que Du charbon, en mode franchement comique : 18 octobre 1973, l'équipe du film de Gérard Oury attend la sortie en salles quand une jeune femme détourne le Paris-Nice et exige que toutes les bobines soient mises sous scellés. Une famille, un malentendu tenace, et une mécanique de portes qui claquent réglée par quelqu'un qui sait exactement ce qu'il fait. Trois fois nommée aux Molières cette année. Places à partir de vingt-deux euros — la meilleure affaire des théâtres privés ce week-end.
Robin Goupil · Théâtre Saint-Georges · Molière 2025 de la comédie
La comédie primée l'an dernier, toujours à l'affiche. Et une combinaison que le hasard des programmations rend possible : samedi, elle joue à 21h dans la salle même où Du charbon dans les veines passe à 19h ; dimanche, c'est l'inverse, 15h puis 17h. Deux spectacles, un seul fauteuil, une seule sortie — si quelqu'un dans le groupe trouve ça déraisonnable, c'est qu'il n'a pas compris l'intérêt.
Ionesco, mise en scène Nicolas Bataille · Théâtre de la Huchette · TTT Télérama
Même mise en scène, mêmes décors, même salle de quatre-vingt-cinq places, tous les soirs, sans une interruption, depuis 1957. Aucun autre spectacle au monde n'a fait ça. Une heure de conversations parfaitement vides entre gens parfaitement polis, et l'impression très nette que la langue vous file entre les doigts. Vingt euros, rue de la Huchette, et vous entrez dans un morceau d'histoire du théâtre encore vivant. « Un divin plaisir », dit Télérama. Ce samedi est le premier soir de la saison ; jamais le dimanche.
Mélody Mourey · Théâtre des Béliers Parisiens · nommée aux Molières 2026, autrice
Une baleine s'échoue avec des dispositifs d'enregistrement fixés sur le dos. La bioacousticienne qui l'étudie comprend trop tard sur quoi elle est tombée, et la France dans laquelle elle vit n'est plus celle où l'on pose ce genre de questions. Mourey fait du thriller au théâtre — rythme de série, six comédiens, budget de poche — et c'est étonnamment efficace. Nommée à l'autrice de l'année aux Molières 2026.
Le premier grand succès de Mourey : une journaliste tire un fil sur des données personnelles et remonte jusqu'à la manipulation d'une élection. Six comédiens pour une vingtaine de personnages, cinq nominations aux Molières. « Un thriller psychologico-politique aussi captivant et haletant qu'une série américaine », écrivait Le Figaro. Les deux Mourey s'enchaînent sur le même plateau : samedi Big Mother à 17h puis La Zone indigo à 19h, dimanche dans l'autre sens.
Aïda Asgharzadeh, mise en scène Nikola Carton · La Scène Montparnasse · 3 nominations aux Molières 2026
Eva a seize ans, un centre éducatif fermé pour adresse, et un notaire qui lui remet des dizaines de micro-cassettes : la voix de la mère qui l'a abandonnée, reporter de guerre, du Liban à la chute du Mur. Elle les écoute pour se fabriquer une histoire. Trois comédiens, trois nominations aux Molières de cette année — comédienne, second rôle, révélation — et la reprise démarre ce samedi. Mercredi à samedi seulement.
Elina Kulikova & Dima Efremov · Théâtre Paris-Villette · Festival d'Automne
Deux artistes russes en exil, un trio de formes entre récital lyrique, chant folklorique et pop électro, sur ce que la guerre fait aux vies et aux corps. En français et en russe, surtitré. Samedi 18h, on ne voit que la troisième partie, Une nuit blanche ; dimanche 15h, l'intégrale des trois — 4h15 avec entractes, et affichée complète au moment du relevé, ce qui est en soi une information.
Sam 18h (partie 3)Dim 15h (intégrale, complet)1h10 / 4h1510–28 €Voir plus